Vous avez rejoint « Victimes et Citoyens » après la perte de vos enfants dans un accident…
Mon engagement a été progressif. J’ai compris que la parole d’une victime pouvait être un message de prévention, que ce combat pouvait redonner un sens à ma tragédie et à celle de mes enfants. Après le procès, je me suis sentie délivrée et capable d’aider les autres.
Pourquoi allez-vous au devant des victimes ?
Je sais, par expérience, que c’est juste après l’accident que l’on a besoin de vider son cœur. C’est pendant l’enquête et son effrayant silence que l’on se pose des questions qui torturent. Et c’est à la même période que les assurances tentent de vous arracher des transactions précipitées.
Pour vraiment aider les victimes, il faut être présent dès les premiers jours. C’est pour cela que nous mettons à la disposition des victimes des plaquettes d’informations. Les familles sont libres ensuite de nous contacter.
Que peut apporter une victime à une autre victime ?
Une intensité d’écoute très particulière. Quand on partage la même expérience, il y a des choses que l’on devine à demi-mot, des questions que l’on n’a pas besoin de poser. Pour la personne qui appelle ou qui vient nous voir, c’est la certitude que sa souffrance sera comprise, qu’elle sera spontanément reconnue. Cette position de victime si inconfortable et si difficile à faire admettre par les institutions ou même parfois par les proches. On a terriblement besoin de cette relation privilégiée quand tout le reste semble s’écrouler.
Que pouvez-vous faire face à tant de détresse ?
D’abord, respecter leur souffrance. Puis leur dire que leur colère est justifiée, que leurs questions méritent des réponses. Les informer que le chemin de la justice est toujours difficile, souvent décevant mais nécessaire, pour retrouver la paix. Enfin les mettre en garde contre tous ceux qui tentent d’abuser de leur désarroi pour ignorer leurs droits.
C’est une goutte d’eau bien sûr, mais je sais, pour l’avoir vécu, tout le prix de la bonne parole prononcée au bon moment.
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