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(Vincent Julé-Parade, 13èmes Rencontres Parlementaires sur la Sécurité Routière)
Pour partager la route avec les jeunes, il est important de partager avec eux la sécurité routière. Leur expliquer les mesures et les impliquer dans les campagnes de sensibilisation. J’ai aujourd’hui 23 ans. J’ai commencé à militer dans ce domaine à l’âge de 16 ans. À cette époque, les jeunes étaient déjà les premières victimes de l’insécurité routière. Près de 2 500 jeunes se tuaient sur les routes chaque année. Cependant, personne n’avait encore pensé à les solliciter et à les écouter. Personne ne se demandait alors si ces jeunes n’avaient pas des idées intéressantes pour sensibiliser leurs pairs.
Différentes associations ont alors eu l’idée de se fédérer, de donner leur avis et de se muer en acteurs crédibles de la sécurité routière. On nous a reproché à l’origine notre manque d’expérience, notre jeunesse et notre fougue. La Délégation Interministérielle à la Sécurité routière a été la première à nous écouter, nous réunir régulièrement. Ensuite, le Ministre des Transports de l’époque, Monsieur Jean-Claude Gayssot nous a reçus. Cette dynamique s’est poursuivie avec le changement de majorité et l’arrivée due Monsieur le Ministre Gilles de Robien au ministère.
Dès lors, la voix des jeunes a commencé à porter. Ils sont entrés au Conseil National de la Sécurité routière (CNSR). Il était temps. Comment en effet pouvait-on réfléchir à des mesures concrètes et efficaces en direction des jeunes sans même leur demander leur avis ?
Six jeunes siègent désormais au CNSR, grâce à l’intervention de Monsieur Robert Namias. Auparavant, il n’y en avait qu’un. Lorsque le CNSR a été consulté sur une possible interdiction pour les jeunes de conduire des voitures hyper puissantes, ils se sont montrés défavorables à cette idée. Pourtant, pour beaucoup, ils ont perdu un proche dans un accident. Ils auraient ainsi pu développer un goût prononcé pour la répression.
La France s’est distinguée ces trois dernières années par une chute historique du nombre des tués sur la route. Elle a démontré qu’une volonté réelle permettait d’obtenir de vrais résultats. Notre pays s’illustre aussi par sa dynamique jeune. La France est en effet l’un des rares pays d’Europe où des jeunes s’impliquent en nombre dans ce combat.
A l’origine, la première mission confiée aux jeunes était de guider les pouvoirs publics dans leur communication en direction de ce public. De là, sont nées plusieurs campagnes. La première date de décembre 2001. Elle s’appuyait sur un concours de scénarios sur le thème de l’alcool au volant, sous l’égide de la Sécurité routière, en partenariat avec M6 et Pathé Gaumont. Six courts-métrages ont ainsi vu le jour. Ils ont été réalisés par de grands noms de la profession et diffusés à la télévision et dans les cinémas. L’impact a été réel.
Cette expérience illustre le fait que seuls les jeunes détiennent les codes pour parler aux jeunes. Les parents eux-mêmes éprouvent parfois les pires difficultés à se faire entendre de leurs enfants. Au cours d’une rencontre dans une entreprise, des cadres me l’ont confirmé eux-mêmes. À l’adolescence, le jeune développe un certain refus de l’autorité et un certain goût pour la contestation. Seul un jeune peut alors briser ce mur.
Les jeunes ont également été sollicités au moment du lancement de la campagne Sam, le conducteur désigné. Sans les associations de jeunes comme « Victimes et Citoyens contre l’insécurité routière », et d’autres, Sam n’aurait jamais vu le jour. Ce sont en effet ces associations qui ont plaidé pour le regroupement de toutes les initiatives dans ce domaine. Le nom unique devrait apporter un impact plus grand à cette campagne, lancée en décembre dernier. Aujourd’hui, malgré une campagne de presse dont l’envergure ne fut pas si importante que nous l’aurions souhaité et grâce au travail des associations de jeunes, la majorité des jeunes savent qui est Sam.
La sensibilisation des jeunes passe aussi par des mesures comme le permis probatoire. Cette mesure a donné l’occasion aux pouvoirs publics de consulter largement les associations de jeunes. Si ces associations le jugent juste, les jeunes y verront certainement moins une stigmatisation à leur encontre.
J’ai souvent l’occasion de rendre visite à des jeunes hospitalisés après un grave accident de la route. Fréquemment, ces jeunes étaient en discothèque avec des amis. Le conducteur avait trop bu. Or, sur le parking, chacun peut se rendre compte du fait que le conducteur n’est pas en état de conduire. Pourquoi alors le jeune monte-t-il dans la voiture ?
Dans un tel cas, les jeunes n’ignorent pas le risque d’accident. Ils font cependant confiance au conducteur. Ils n’ignorent pas que d’autres possibilités existent pour rentrer. Ce qui les fait monter dans la voiture, c’est le regard des autres. Les passagers hésitent tous à laisser le conducteur prendre le volant. Le problème est qu’aucun n’ose le dire. Pour éviter de passer pour un trouillard ou un « naze », chacun va taire son inquiétude. Il nous faut, en tant que jeunes, leur faire prendre conscience qu’il n’y a aucune honte à dire « non, je ne veux pas prendre ce risque »
A juste titre, Jean-Pascal Assailly soulignait que la part de jeunes dans les bilans des tués sur les routes ne variait guère d’un pays à l’autre. Même dans les pays exemplaires, comme la Suède, cette proportion reste élevée. Ce constat pourrait nous décourager. Cependant, lorsque je suis confronté au témoignage de jeunes qui ont été gravement blessés dans un accident de la route un soir où le chauffeur avait trop bu ou parce qu’ils ont pris des risques inconsidérés sur leur scooter, je retrouve l’envie de me battre. Nous ne devons pas considérer ces drames comme des fatalités. Le travail accompli depuis trois ans a donné de magnifiques résultats. Ceci dit, il nous reste une marge de progression certaine.
Intervention lors des 13 èmes rencontres parlementaires sur la sécurité routière
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