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Docteur Michel F.

"Quand j'arrive sur le lieu d'un accident grave, j'ai toujours un sentiment terrible de désordre : Il y a des corps éjectés, d'autres incarcérés dans la tôle. On voit aussi surgir, on ne sait d'où, des passagers traumatisés, debout, terrassés devant ce spectacle qu'ils n'auraient jamais pu imaginer. Mais on n'a pas le temps de penser plus, il faut être efficace, faire le tri, le "pré-bilan" pour chaque blessé grave, il faut une équipe, il faut donc appeler des équipes en plus, diagnostiquer parfois des lésions pas visibles, et faire vite. C'est une médecine de catastrophe. Et puis il y a le pire peut-être : l'entourage, le père qui attend sa femme et sa fille... Ce n'est pas satisfaisant tout cela pour un médecin. Parvenir à débloquer une artère, c'est faire un acte de santé. Mais dans les accidents de la route, on pallie à un aspect pervers de notre société.

Suis-je en colère, très en colère ?
Je suis plutôt désabusé et découragé.
Après douze années où il y a eu des progrès de civilisation, on en est toujours là.
Que faut-il faire ? Je ne sais pas, je ne sais plus".


Un CRS

"Cela fait maintenant douze ans que je fais de la prévention dans des établissement scolaires et je suis complètement découragé."
J'ai essayé de la prévention à tous les niveaux d'âge. Je ne me sens pas soutenu par le monde enseignant qui n'est pas intéressé et dont le principal argument est : "il ne faut pas choquer les jeunes".

Un professeur exaspéré par le désintérêt de ses élèves les a emmené voir un service d'urgence. Il a eu une sanction disciplinaire.
Les adolescents s'en moquent. Un jeune m'a dit l'autre jour : "Monsieur, ce que vous dites, cela ne m'intéresse pas"...
L'impression générale est que le français est persuadé que : "les accidents cela n'arrive qu'aux autres" et quand je montre des vidéos ou des documents d'accidents lors de séance d'information et de prévention, les enfants pensent que c'est de la fiction.

"Il faut que cela cesse !"



Capitaine Jean-Charles M.

"La vision d'un accident corporel de la circulation routière fait monter en moi un sentiment d'échec..."

Echec tout d'abord parce que ma mission première consiste à éviter cela en multipliant les actions de prévention et de répression. Réprimer les infractions génératrices d'accidents comme l'alcoolémie au volant ou les excès de vitesse, c'est en effet protéger les usagers de la route contre les autres mais aussi contre eux-mêmes. Les gens n'ont pas le sentiment d'être de mauvais conducteurs ou simplement d'avoir de temps en temps un comportement dangereux parce qu'il considèrent qu'ils n'ont jamais eu d'accident et qu'avec une voiture récente bien équipée rien ne peut leur arriver, jusqu'au jour où...

Aussi ne comprennent ils pas souvent ou plutôt ne reconnaissent ils pas souvent leurs torts lorsqu'ils sont verbalisés pour un excès de vitesse. D'autres, plus "éclairés" font des appels de phares pour signaler les contrôles, en ignorant qu'un bon PV peut aussi sauver une vie en incitant à la prudence.
"Pourquoi moi ? Je suis un bon conducteur, ma voiture est puissante et sûre, je ne risque rien, vous ne pensez qu'a remplir les caisses de l'état, vous nous traitez comme des délinquants, vous feriez mieux de courir après les voleurs ..."

"Il est des visions d'accidents que je n'oublierai jamais.
Les mots me manquent pour les narrer,
tant ils ne pourraient refléter complétement la réalité.
Je souhaite simplement à tous
de ne pas les vivre et de tout faire pour cela."

Telles sont les quelques répliques entendues ici et là au hasard des contrôles divers.
Mais au fond quel est le plus dangereux pour la société ? celui qui vole un bien ou celui qui conduit de manière imprudente et risque de décimer une famille pour un excès qu'il juge petit ?
Je ne cherche pas à exempter ou minimiser la faute du premier, mais on peut aussi s'interroger sur l'état du délinquant du second. Nous l'avons tous été à un moment ou à un autre, nous essayons tous de ne pas l'être mais avec plus ou moins de bonne volonté.

Echec parce que tout ce que l'on dit ou fait pour faire cesser ces comportements irresponsables est très vite oublié, jusqu'au jour où...

Il est des visions d'accidents que je n'oublierai jamais. Les mots me manquent pour les narrer, tant ils ne pourraient pas refléter complètement la réalité. Je souhaite simplement à tous de ne pas les vivre et de tout faire pour cela.


Témoignage d'Alexandra, Sœur de Benjamin


"On avait nos secrets.
Je l'aime de tout coeur et il me manque terriblement"


Le 29 janvier dernier, à l'aube, le téléphone sonne. C’est la maman de Benjamin mon frère. Elle demande mon père, je lui réponds qu'il dort. Elle dit fortement dans un calme incroyable que c'est très important.
Je le réveille…
J’entends hurler comme je n'ai jamais entendu quelqu'un crier, ce cri retentit encore en moi.
Je ne comprends pas. J'imagine tout sauf la mort…Folle d’angoisse je demande à papa ce qui se passe, il ne répond pas, il ne peut sans doute pas. Finalement il me dit que Benjamin a eu un grave accident, qu'on va le voir.
Il appelle la famille, les amis....
Alors, je comprends qu’il y a eu quelque chose de très grave. Je ne veux toujours pas penser à sa mort.
Je hurle « mais dit moi ce qui c'est vraiment passé!! »
Et là, les mots tombent.Je me suis effondrée, je ne sais plus où je suis.
Le jour de la cérémonie, je me retrouve devant cette église, sans savoir où aller, vers qui me tourner, il y a un grand vide en moi.
Le retour "à la réalité" a été très dur et l'est toujours.
Je ne réalise pas que j'ai perdu un frère, le mien.
Les deux garçons qui ont provoqué l’accident, sont à peine plus âgés que moi. Ils m'ont arraché une personne que j'aimais particulièrement. Il était le seul à qui je pouvais véritablement parler sans me sentir jugée. J'ai l'impression que je ne lui ai pas assez dit « je t'aime », je le regrette, ça me fait beaucoup de mal.
Cela ne faisait que trois ans qu'il était revenu vivre en France, avant j'attendais que mes parents partent pour l'appeler aux USA…On avait nos secrets.
Je l'aime de tout coeur et il me manque terriblement
Le procès qui a jugé les garçons n'a aucunement soulagé ma peine, la justice n'a pour ma part pas fonctionnée. Je sais que certains disent que ces jeunes souffrent d'avoir une mort sur la conscience; mais c'est la famille, les amis, les proches et tous ceux qui l'aimaient qui souffrent le plus, j'espère tout de même qu'ils y penseront toute leur vie et qu'ils essayent d'imaginer comme je peux souffrir.
Envers ces jeunes je ressens de la haine, je voudrais qu'ils comprennent tout le mal qu'ils ont fait, pourquoi ce sont eux qui sont restés. Mon frère le meilleur être que je connaisse a été tué par deux personnes n'assumant pas leurs actes, ils ont été lâches d’avoir laissé mon frère sans assistance, sans prévenir les secours ; ça me choque.
Je veux encore dire que je l'aime très fort et qu'il est prêt de moi, même s’il n'est pas là physiquement.


Témoignage d'Adeline:

On avait nos secrets.
Je l'aime de tout coeur et il me manque terriblement"


Perdre l’homme qu’on aime, c’est perdre une partie de soi même.
Se retrouver seule en une fraction de seconde, c’est vivre le manque et le vide chaque jour.
C’est ce qui m’est arrivé il y a un peu plus d’un an…
Au départ je n’ai pas pu croire qu’il était parti, pour moi c’était impossible et je n’attendais qu’une seule chose : le voir. Mais l’horreur s’est imposée à moi, et la j’ai compris que c’était fini, que ma vie venait de basculer, que je venais de perdre à jamais celui que j’aimais… A ce moment là, j’ai pensé à partir, à le rejoindre car ma vie sans lui ne voulait plus rien dire. Et c’est là qu’a commencé pour moi une longue et lente descente aux enfers ; le manque, le vide, l’impression de n’être plus rien… Je me lève chaque matin en me demandant pourquoi : pourquoi lui ? Pourquoi moi ? C’est tellement injuste ! Perdre sa moitié c’est se perdre soi même…
Pourtant le temps lui est inflexible, il passe et ne laisse aucun répit ; ici la vie continue… Je dois maintenant vivre avec ma peine, mon chagrin, ma colère et ma haine. La haine envers ces assassins qui ont brisé ma vie dans un virage !
Que me reste-t-il a moi ? L’espoir de le retrouver dans un monde meilleur… A eux ? Toute leur vie, avec ceux qu’ils aiment !
Sans être une victime directe de la route, je suis comme on a coutume de le dire « proche de victime ». Ce statut est très lourd à porter. Ma vie en est complètement changée, tout y est conditionné par ce traumatisme qui me poursuivra toujours. Alors dans ce long chemin qu’on appelle le deuil, j’ai pu compter sur mon entourage très attentif qui m’aide et me donne la main pour continuer à avancer malgré tout. Ce n’est pas facile tous les jours et je crois que ce fameux deuil, on ne le fait jamais vraiment.
Pierre est avec moi chaque seconde et dans mon cœur pour toujours


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